Dans le journal de Kiev, le grand poète russe Alexandre Blok proposait son diagnostic des temps modernes : « Tous les enfants les plus vifs et les plus sensibles de notre siècle se trouvent frappés d’une maladie que les médecins et les psychiatres ignorent. C’est un mal qui se rattache aux désordres de l’âme et que l’on peut appeler ironie. Les symptômes en sont des accès épuisants de fou rire, qui débute comme une raillerie diabolique, un sourire provocateur, pour aboutir à la rébellion et au sacrilège ». Le terme ironie apparaît en français en 1370, dans la traduction de l’Ethique d’Aristote par Nicole Oresme :
« Yronie est quant l’en dit une chose par quoi l’en veult donner à entendre le contraire. Si comme parleroit d’un sage homme notoirement il diroit ainsi : ‘il ne sait rien non. Ou il est plus sage qu’il ne cuide ! ou autre chose semblable’ »
Table des matières
1. Le concept de l’ironie
2. Les termes eiron et eironeia
3. Résumé
Objectifs et thématiques de l'ouvrage
Cette étude se propose d'analyser le développement diachronique du concept d'ironie, en se concentrant particulièrement sur ses racines étymologiques et philosophiques dans l'Antiquité. L'objectif principal est d'examiner comment les termes grecs « eiron » et « eironeia » ont évolué pour façonner la compréhension rhétorique et littéraire moderne de l'ironie, tout en explorant la complexité de sa définition et ses rapports avec la linguistique.
- L'étymologie et les origines antiques des termes eiron et eironeia.
- La distinction entre les définitions rhétoriques classiques et le comportement social de l'ironiste.
- Le rôle de l'ironie comme figure de style et son usage dans la communication.
- La transition et la réception du concept de l'Antiquité jusqu'à l'époque moderne.
Auszug aus dem Buch
2. Les termes eiron et eironeia
Dans ce chapitre, on va traiter les origines de l’ironie au niveau étymologique et la question de son concept et comment il est compris par les personnalités de l’antiquité. Quelques auteurs pensent que l’étymologie des mots eiron et eironeia n’est pas claire. D’après Ribbeck s’agit-il chez eiron à l’origine d’une éphitète injurieuse qui assimile le type de l’ironiste (l’erion) aux « menteurs et personnes chicaneuse ». Le premier document historique provient d’Aristophane (~ 450 – 385 avant J.C.) qui compare l’eiron avec les gens qui sont élastique comme de la gomme ou glissant comme de l’huile. Associations avec le renard (kinathos), le babillard (phlyaros), le carotteur (alazon) font allusion au caractère sournois et rusé de l’ironiste. Il fraude par la parole vide, par le bavardage évidé et semble d’être sage pour abuser, bluffer, dissimuler et pour plaisanter.
Aristophane fait un rapport entre le terme, les sophiste et Socrate. Il caractérise Socrate comme un charlatan qui propage des bêtises. Le bruit d’accompagnement de la filouterie spirituelle et de l’insincérité qui était compris sous le terme chez les grecs, apparaît toujours et toujours. Platon comprend par le mot eironeuestai un vide bavardage qui se donne la semblance de savoir, une pose béate que Socrate et les Sophistes se reprochent mutuellement dans leurs dialogues. D’un côté, il y a certains prêtres, tyrans, orateurs et sophistes que Platon désigne comme des dissimulateurs (eironikon), et de l’autre côté, on a Socrate qui comprend l’eironeia comme une forme de l’humilité de soi-même qui n’est pas sérieuse et l’eironeia comme une moquerie de l’ennemie. Tandis que Platon décrit l’ironie socratique comme un jeux avec un malin plaisir et comme un moyen pour une diatribe polémique, Aristote justifie la nuance spécifique qui est aujourd’hui familière et qui avait validité pendant l’antiquité et chez les Romains. Ainsi, on peut constater que l’usage ancien du terme eironeia est un produit des affrontements socratiques et sophistique.
Résumé des chapitres
1. Le concept de l’ironie: Ce chapitre introductif pose les bases de l'étude en présentant l'évolution historique du terme ironie, de ses premières mentions littéraires aux défis que représente sa définition pour la recherche linguistique contemporaine.
2. Les termes eiron et eironeia: Ce chapitre analyse l'étymologie et la réception des termes grecs originaux, en explorant comment les figures historiques comme Socrate, Platon et Aristote ont façonné la perception du comportement ironique.
3. Résumé: La conclusion synthétise les points clés de l'étude, soulignant la permanence du concept d'ironie à travers les âges et la complexité de son héritage littéraire et rhétorique.
Mots-clés
Ironie, Eiron, Eironeia, Rhétorique, Linguistique, Antiquité, Socrate, Aristote, Faux-semblant, Simulation, Dissimulation, Communication indirecte, Stylistique, Satire, Comédie grecque.
Questions fréquemment posées
De quoi traite principalement cet ouvrage ?
L'ouvrage traite de l'évolution du concept d'ironie, en examinant ses racines étymologiques, ses définitions rhétoriques classiques et sa fonction dans le comportement social depuis l'Antiquité.
Quels sont les domaines centraux abordés ?
Les domaines centraux incluent la philologie classique, l'histoire de la rhétorique, la stylistique littéraire et l'analyse linguistique des formes de communication indirecte.
Quel est l'objectif principal de cette recherche ?
L'objectif est d'offrir un aperçu diachronique du développement du concept d'ironie et de clarifier le rapport entre les termes grecs anciens et la compréhension moderne de l'ironie.
Quelle méthode scientifique est employée ?
L'auteur adopte une approche de recherche diachronique, combinant une analyse étymologique et une étude de la réception historique des textes classiques et rhétoriques.
Quels thèmes sont développés dans le corps principal ?
Le corps du travail explore la transition de l'ironie en tant que trait de caractère (le comportement de l'eiron) vers son utilisation comme outil rhétorique et figure de style dans la littérature et la communication.
Quelles sont les caractéristiques des mots-clés de cet ouvrage ?
Les mots-clés se caractérisent par un mélange de termes techniques issus de la rhétorique grecque et de concepts liés à l'analyse littéraire contemporaine.
Quelle est la distinction opérée par Quintilien entre simulatio et dissimulatio ?
Quintilien distingue la simulatio, où l'on se comporte de manière à faire croire à une opinion comme étant la sienne, de la dissimulatio, qui consiste à simuler une ignorance ou à cacher ses véritables intentions.
En quoi l'ironie romantique se distingue-t-elle de l'ironie classique ?
L'ironie romantique, telle qu'analysée, intègre des ruptures dramatiques et des effets de distanciation, transformant l'œuvre elle-même par une mise en abyme, contrairement à l'ironie rhétorique classique qui vise principalement la dérision d'un adversaire.
Quel rôle joue l'eiron dans la comédie grecque ?
Dans la comédie grecque, l'eiron est un personnage stéréotypé, rusé et intelligent, qui utilise le faux-semblant comme outil stratégique face à l'alazon, le personnage fanfaron.
Comment l'intention moqueuse est-elle liée au concept d'ironie ?
Bien que l'ironie ait été liée à l'humiliation et à la moquerie dans la rhétorique classique, l'auteur souligne que les formes anciennes ne possédaient pas nécessairement cette intention moqueuse, laquelle s'est développée au fil du temps.
- Quote paper
- Huzeyfe Tok (Author), 2013, Le concept de l'ironie. Eiron et Eironeia, Munich, GRIN Verlag, https://www.hausarbeiten.de/document/298987